Interview d’Anna Utopia Giordano, une artiste italienne émergente

– Anna Utopia Giordano est-ce votre vrai nom? 

Anna Utopia Giordano : C’est mon vrai nom pour les 2/3, “Utopia” est mon surnom … même si je trouve qu’il me ressemble beaucoup plus qu’Anna Giordano.

– Pourquoi avoir choisi ce pseudonyme?

Anna Utopia Giordano : Les utopies sont des chimères, des théories irréalisables car elles ne prennent pas compte la façon d’agir des êtres humains. Choisir « Utopia » cela montre une prise de conscience car mon esprit est en continuel développement et jamais accompli.

– Diplômée de Philosophie, a priori votre parcours n’était pas tourné vers l’art, comment êtes-vous arrivée à ce domaine artistique?

Anna U. G.  : J’ai choisi la Philosophie des sciences parce que la recherche m’intéressait et j’avais besoin de me confronter à différents milieux scientifiques. Ce cursus universitaire m’a donné la possibilité d’étudier de façon globale la biologie jusqu’à l’économie, en passant par les mathématiques et la logique. Mais, j’ai également pu étudier des sciences comme l’anthropologie et la philosophie esthétique.

J’ai grandi dans un milieu stimulant et créatif notamment grâce à mes parents (ma mère étant artiste et sociologue, mon père travaillant dans le milieu de l’économie). J’ai vécu d’un côté parmi les couleurs, l’art et la magie et d’un autre côté au sein des nombres et de la science.

La philosophie parait à mille lieux de la communication visuelle. Néanmoins, pour moi, je choisis des images pour communiquer un message que je pourrai aussi bien expliquer dans un livre ou dans un essai philosophique. Je crois que communiquer à travers une photographie ou par le biais d’un travail retouché « digital-art » est beaucoup plus simple et plus direct.

Dans mes Rapsodies (c’est-à-dire ses poésies), art, philosophie et science se mêlent aisément. J’ai une approche complètement différente de mes projets visuels. Dans mes poésies,  j’ai un style critique et très hermétique. Ce travail est plutôt destiné à un public plus restreint. J’écris car j’en ressens une réelle nécessité mais je ne veux pas transmettre un message univoque.

– Comment vous définiriez-vous? Comme une artiste? Un mannequin? Quelle est la place exacte que vous accordez à ces deux métiers que vous exercez?

Anna U. G.  : En ce qui concerne mon travail en tant que modèle, les premières photographies sont nées totalement par hasard. Je cherchais des photographes afin d’illustrer mes poésies pour une exposition. Tout le monde me disait « Trop compliqué, c’est difficile à les comprendre… Pourtant, tu es une belle fille, ça ne te dirait pas de poser pour moi ? ». Au début, je refusais toutes les propositions, puis  j’ai commencé à voir cela comme une vraie opportunité.

 Ce métier pouvait être une façon de déplacer mon énergie, qui était principalement concentrée dans ma tête et mes bras (je joue du piano, j’écris, je lis beaucoup, je dessine et je passe beaucoup de temps sur l’ordinateur) afin d’augmenter la perception de tout mon être. En réalité, quand je suis devant l’appareil photo, je dois arriver à gérer chaque muscle afin de contrôler mon corps en entier. Au départ, c’était presque une thérapie, puis cela s’est transformé en un travail sans même pas que je m’en aperçoive. Je dois admettre que de toute façon, que je ne veux pas que cela devienne mon activité principale. Cependant, j’aime le travail préparatoire aux séances, je soigne souvent mon maquillage, mon style et le choix du lieu où je pose.

– Vous « photoshoppez » des Vénus pour en faire des mannequins actuels alors que vous êtes vous-même mannequin? N’y a t-il pas une certaine ironie dans votre travail?

Anna U. G. : Probablement que si je n’avais pas travaillé comme modèle, je n’aurais jamais conçu le projet “Vénus”! (Sourire)
J’ai rendu les Vénus plus maigres pour souligner le changement du canon esthétique lié d’une part au contexte historique et culturel face auquel nous nous trouvons, et d’autre part, pour dénoncer la forte utilisation des logiciels de retouches numériques dans l’univers de la mode.
Je veux faire comprendre que le « must be perfect » est un concept vide. Il se « remplit » au moment où l’on se trouve dans une société qui impose des mesures et des stéréotypes. En réalité, ce travail est présent sur mon site depuis deux ans mais il n’a été découvert par les médias qu’à la suite de mon succès lié à un autre de mes travaux « POPbottles ».

– Justement, ces biberons d’alcool sont là pour sensibiliser les parents sur les dangers de l’alcool. Comment vous est venue cette idée?

Les PopBottles sont une manière de stimuler un débat à propos de l’abus d’alcool de la part des mineurs mais il souligne aussi, métaphoriquement, l’attitude de la consommation. Il y a des parents qui « enivrent » leurs enfants avec des jeux vidéos ou d’autres jeux. Ainsi, ils ne s’intéressent plus et ne comprennent plus les réels besoins de ces jeunes.

Cette idée m’est venue la nuit entre le 26 et le 27 juillet 2011, dans un rêve. Je conçois souvent mes projets sur le plan onirique ou en demi-sommeil.

 -Vous a t-on déjà proposé de commercialiser ces bouteilles?

Oui, beaucoup de gens m’ont demandé s’ils pouvaient acheter ces bouteilles, mais elles ne sont pas en vente. Les sculptures originales sont destinées à de prochaines expositions.

– Votre dernier travail « My social Generation », vous vous mettez en scène en une adolescente provocante s’affichant ainsi sur un réseau social. Vos œuvres semblent avoir à chaque fois une tendance moralisatrice et à la fois provocante. Provoquez-vous pour mieux dénoncer?

Mes travaux sont effectivement provocateurs mais je ne souhaite pas les étiqueter aussi comme « moraux » (ce n’est pas à moi de choisir cela, mais au public de l’interpréter à sa manière).

My Social Generation ne dit pas « c’est bien » ou « c’est mauvais », il ne fait que souligner une dynamique existante. Je n’ai pas la prétention de dire aux gens comment ils doivent être, ce que je fais ce n’est que provoquer l’opinion publique pour mieux stimuler le débat… J’ai vu mes travaux publiés dans de nombreux sites, blogs et magazines en ligne et la quantité de commentaires et d’avis sont souvent complètement différents, cela m’a impressionné… J’ai lu des réflexions à propos de mes travaux auxquels je n’avais même pas pensé pendant je les créais.

My Social Generation est l’un des travaux auxquels je me sens le plus proche. La recherche sur le changement de la perception de soi-même et les réseaux sociaux m’intéressent beaucoup. Je n’exclue pas de revenir sur ces thèmes dans le futur.

– Andy Warhol critiquait la société de consommation, Wim Delvoye avec son Monsieur Propre détourné remet actuellement l’imagerie publicitaire en question. 

Etes-vous la nouvelle Warhol italienne qui critique notre société de consommation et de communication? Quelles sont vos références?

Pour dire vrai, il n’y a pas d’artiste en particulier qui m’ont inspirée. Mais ce sont plutôt certains philosophes et penseurs comme : Sartre, Hegel, Ulrich Beck, Merleau-Ponty, la plupart des poètes français, Einstein, Leo Burnett, Henri Bergson, Allen Ginsberg, Gottlob Frege, Jim Morrison, Armando Testa, Wittgenstein, Putnam, William Bernbach et plein d’autres. Cela ne veut pas dire que je suis inconditionnellement d’accord avec leur façon de voir le monde et leurs théories.. mais ils m’ont sûrement «ouvert» l’esprit.

– Quelles sont vos prochains projets? Avez-vous une exposition bientôt prévue en France?

Je suis en train de travailler sur deux projets photographiques…
Je n’ai pas d’exposition de prévu en France pour le moment. Actuellement, certaines Vénus sont exposées à Nijmegen, jusqu’au 12 août, au musée Het Valkhof pour l’exposition « Why goddesses are  so beautiful : love and beauty in antiquity».

Pour suivre son actualité, voici un lien vers son site ici.

Je tiens à remercier Silvia pour son aide à la traduction de cette interview.

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4 thoughts on “Interview d’Anna Utopia Giordano, une artiste italienne émergente

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